I- Un espace à investir
Le NPA revendique 9 000 militants, qu'essaient d'identifier Mathieu Castagnet et Céline Rouden (La Croix):
Dans la nébuleuse de la gauche radicale, le NPA cultive jalousement ses spécificités. On voit dans les études de nettes différences entre les diverses sensibilités ", confirme Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l'Ifop. Lutte Ouvrière attirerait ainsi un électorat très ouvrier, issu des classes les plus populaires, âgé entre 35 et 50 ans. Le PCF et le nouveau Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon ont un électorat plus divers socialement, plus âgé. Le NPA, lui, séduit les jeunes, les salariés du secteur public, les plus engagés syndicalement . M. Castagnet et C. Rouden ajoutent que la palette des sensibilités est très diverse au sein du NPA, certains militants étant écologistes, d'autres libertaires ou autogestionnaires, beaucoup étant des jeunes et des précaires en révolte contre une société qui ne leur laisse pas beaucoup de chances . Surtout, beaucoup de ces jeunes et moins jeunes mettent en avant leur opposition frontale à la politique de Nicolas Sarkozy . Enfin, notent-ils, l'attirance pour la gauche radicale se nourrit aussi des déficiences du parti socialiste . Il y a donc de la place pour le NPA. Thomas Legrand (France Inter, 3-02-09) en explique les raisons: Le terrain de la gauche de la gauche a été laissé en déshérence par la lente agonie du parti communiste. Si l'on examine les forces qui agissent sur la tectonique des plaques de la politique française, on s'aperçoit rapidement que l'époque est particulièrement propice au développement de la gauche de la gauche. Le parti socialiste vient de réécrire sa déclaration de principes qui accepte l'idée du marché, consacrant ainsi, dans les textes, un recentrage social-démocrate pratiqué dans les faits depuis 1983. Et voilà que la crise financière éclate et que le fameux marché montre son pire aspect.
Ceux qui dénonçaient avant tout le monde et plus fort que les autres, les outrances du capitalisme, se retrouvent dans une position très confortable pour rappeler: On vous l'avait bien dit! Malgré tout, du point de vue de la plupart des commentateurs, le NPA n'est que le nouveau nom de la LCR. Maël Thierry (nouvelobs.com, 6-02-09), qui se fonde sur l'appel de Besancenot à un nouveau mai 68", rappelle : La LCR, dissoute hier, était justement née au lendemain des évènements de mai, il y a 40 ans Au NPA, les références n'ont pas changé . A peine créé, et déjà le NPA s'inscrit dans les habitudes de la LCR. Ainsi, dans la perspective des élections européennes de juin prochain, il a d'ores et déjà désigné le PS comme cible. Le compte-rendu des Echos (9-02) explique: Les 600 délégués du NPA se sont prononcés à 76% pour un accord durable " avec toutes les forces " qui se réclament de l'anticapitalisme, ne se limitant pas au scrutin des européennes, mais avec pour condition une indépendance totale vis-à-vis du parti socialiste. Une condition inacceptable pour le PC, qui compte sur un accord avec le PS pour obtenir le plus de sièges possible aux élections régionales de 2010 .Même compte-rendu dans Libération (9-02-09). Laure Equy raconte: Les délégués se sont prononcés à 76% pour unaccord durable " de toutes les forces anticapitalistes allant au-delà des européennes. Ainsi, le parti de Besancenot ne ferme pas la porte aux appels de Jean-Luc Mélenchon à participer à un front uni avec le PG et le PCF au scrutin de juin, mais il pose des conditions très strictes, rendant peu probable un accord.
Outre l'exigence d'un projet anticapitaliste au contenu précis " et d'une unité couplée dans les luttes " et dans les urnes, le NPA veut prolonger le contrat jusqu'aux régionales, prévues en 2010. Et rejette un cartel électoral sans lendemain . En clair, il demande à ses partenaires l'indépendance à l'égard du PS, écartant une participation à des exécutifs locaux avec les socialistes .
Cette position n'a pas fait l'unanimité. Sylvia Zappi (Le Monde, 10-02-09) observe: L'élection de la direction ne s'est pas faite sans grincements. Les membres de la motion favorable au front de gauche aux européennes avec le PCF et le PG (représentant 16% des voix au congrès mais 25% dans les congrès locaux) ont obtenu 13 représentants au sein du conseil politique (192 membres, dont 45% d'anciens militants de la LCR), une représentation minorée selon eux. Les trois figures de cette sensibilité en ont été écartées .Dans ces conditions, le NPA peut-il élargir son audience et son espace? Les commentateurs qui répondent positivement font surtout état du talent indéniable d'Olivier Besancenot comme porte-parole de cette formation. Mathieu Castagnet et Céline Rouden (La Croix) observent: Face au malaise social grandissant, la force du NPA est d'avoir su trouver en Olivier Besancenot un porte-parole capable de fédérer les mécontentements. Cette figure de proue permet au NPA de dépasser l'image d'un strict parti trotskiste, avec sa dialectique figée et ses figures obligées (encore que l'épisode Rouillan ternisse son image, comme le rappelle Jacques Julliard sur LCI le 13-02).Serge Cosseron, historien spécialiste de l'extrême-gauche, assure que le courant trotskiste nous présente une mutation, un projet politique qui se superpose à un autre . Il cite notamment l'ouverture du NPA à des thématiques comme l'écologie. Il confirme l'effet Besancenot , qui permet au NPA d'espérer être le pôle le plus efficace et le plus conséquent de l'extrême-gauche aujourd'hui divisée, mais dont il n'exclut pas à terme le regroupement; de même qu'il n'exclut pas une évolution sur la participation au pouvoir.
Dans ces conditions, il affirme que sur le plan de l'influence, le NPA est terrible pour un PS qui a perdu son aile la plus à gauche , et aussi grave pour le PS que le FN l'était pour la droite . Il précise: Certes, le NPA n'est pas encore aussi haut que le FN (quand il était à 15-20%) l'était pour la droite, mais ca va monter. La pression va être très importante. Elle va paralyser le PS, qui a déjà peu de marge entre son discours et la réalité sociale et politique. Tout gauchissement du PS va apparaître comme une tentative de course après l'extrême-gauche. Les socialistes sont coincés, très coincés . Cependant, Serge Cosseron estime aussi que sur le fond, le NPA s'adressera plus aux électeurs communistes qu'aux socialistes .
II- NPA, nouveau parti archaïque?
A l'inverse, un grand nombre de commentateurs ne voient dans le NPA qu'une LCR relookée . C'est le cas de Christophe Bourseiller (Le Figaro, 7-02), pour qui les similitudes entre l'ancien et le nouveau parti sont évidentes. La LCR est l'héritière d'un courant trotskiste qui a toujours brandi l'étendard de la modernité (...)
La Ligue a toujours milité pour le changement, elle s'est enthousiasmée pour le mouvement des femmes, l'écologie, ou la cause des LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels et intersexués).Elle a contribué lourdement à l'éclosion de l'altermondialisme. Et elle envisage depuis longtemps de dépasser le trotskisme dans un mouvement plus large .
Après le score de Besancenot (4,08% des voix à la présidentielle de 2007), des perspectives ont paru s'ouvrir, celle d'un renouvellement générationnel et celle d'une extension du périmètre gauchiste permettant de réduire en poussière le PCF et de menacer, à terme, le PS . Christophe Bourseiller n'est cependant pas convaincu de la capacité du NPA à atteindre ces objectifs, en raison de deux problèmes. Le premier porte sur la forme , en ce sens que selon la théorie marxiste, la classe ouvrière doit impérativement se doter d'un parti révolutionnaire , ce qui exclut toute forme de fédération ou de coordination. Le second problème est celui du contenu : Le nouveau parti ne doit pas se contenter d'être de gauche ou antilibéral , il doit se positionner clairement comme anticapitaliste , autant dire communiste et révolutionnaire .
Le projet de NPA n'est donc finalement guère novateur, ce qui explique les rebuffades des autres familles de la gauche. Le résultat est une cacophonie : Pas moins de 7 organisations se partagent l'électorat de la gauche antilibérale :
le NPA, Lutte ouvrière, le parti de gauche, la Fédération, le parti communiste français, le parti ouvrier indépendant, et même les Verts . Dans ces conditions, Christophe Bourseiller se montre finalement très dubitatif sur la capacité du NPA de dépasser le trotskisme et de se positionner dans le nouveau siècle . Même scepticisme sous la plume de Philippe Raynaud (Le Monde, 7-02-09). Ce professeur de philosophie politique à Paris II écrit à propos du NPA: Ce parti se donne pour vocation de rassembler toute la gauche de la gauche mais il est déjà acquis qu'il n'y parviendra pas. Jean-Luc Mélenchon crée en même temps un autre parti, et José Bové a accepté de rejoindre les Verts. Pour l'instant, le NPA se construit donc à partir du noyau militant fourni par la LCR, mais par la force des choses, il devra beaucoup à l'expérience militante et aux traditions de cette organisation, dont il faut donc se demander ce que signifie pour elle la création de ce nouveau parti . Il poursuit: Il serait inexact de dire que la LCR n'a pas changé: la culture de ses militants est plus bigarrée qu'autrefois et une minorité significative de l'organisation a cessé de se définir comme trotskiste ou même comme communiste. Si, néanmoins, on s'en tient au discours d'Olivier Besancenot, force et de constater que, au-delà de la jovialité qui fait du jeune facteur -mi-bobo, mi-prolo- une sorte de Georges Marchais post-moderne, le noyau dur de l'idéologie de la LCR est toujours aussi solide: les références historiques sont restées les mêmes (octobre 1917, la révolution cubaine), le programme est inchangé (la république des Conseils et la collectivisation de l'économie), et l'évocation touchante de la figure de Guevara permet de rappeler que l'autogestion n'est acceptable que dans le cadre d'une économie planifiée qui ne laisse pas de place au marché . Ph. Raynaud conclut en forme d'interrogation:
La conjoncture devrait conduire, dans un premier temps, à ce que l'afflux de nouveaux militants et les succès électoraux prévisibles se renforcent mutuellement dans les deux ou trois ans à venir. Il est trop tôt, en revanche, pour dire si le NPA peut véritablement être autre chose qu'une version relookée de la LCR .
Le champ d'expansion du NPA d'Olivier Besancenot est limité, affirme Henri Weber (Le Monde, 7-02-09). Le député européen socialiste analyse les trois contradictions qui justifient son scepticisme. La première contradiction résulte d'un programme qui ne s'embarrasse pas de réalisme :
Le NPA défend une économie fondée sur la collectivisation sans indemnité, ni rachat ", des entreprises, la régulation centrale de l'activité par le Plan, la gestion des établissements par des directeurs élus et révocables par les salariés . Quant aux propositions, leur énumération est édifiante: interdiction de tous les licenciements, augmentation immédiate de tous les salaires de 300 euros net par mois, la réduction immédiate du temps de travail à 32 heures hebdomadaires et à 30 heures rapidement, et la réunification de toutes les banques dans un seul et même pôle public. Un programme jugé inconsistant par Henri Weber. Deuxième contradiction relevée par ce dernier:
Le NPA se veut le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy mais il ne veut pas exercer le pouvoir avec les partis de l'ex-gauche plurielle, et pas davantage les soutenir sans participation dans la reconquête des responsabilités. Refuser de gouverner avec la gauche, c'est laisser gouverner la droite . Enfin, la troisième contradiction oppose la nécessité d'unifier dans un front commun et derrière un leader unique, la constellation des partis de la gauche de la gauche, et le sectarisme de ces formations. Chacune admet la nécessité de constituer un pôle unique, face au PS, mais à la condition d'en être le maître d'oeuvre et d'en fournir le leader . En effet, note H. Weber, ces organisations ont plus de talent pour la scissiparité que pour le rassemblement .
Voilà pourquoi l'intérêt bien compris de dOlivier Besancenot comme de Nicolas Sarkozy est de jouer le face-à-face. Anne-Sophie Mercier (Charlie Hebdo, 11-02) rappelle que Besancenot fait de l'élection de Sarkozy en 2007 l'évènement fondateur de NPA et que Sarkozy feint de voir en Besancenot son principal adversaire, pour le mettre en situation de gêner toujours plus un PS qui demeure, lui, le seul vrai danger.
Selon elle cependant, la réalité, pour le porte-parole du NPA comme pour ses militants, est plus complexe. Besancenot, lors de la présidentielle, avait appelé entre les deux tours à barrer la route à Nicolas Sarkozy , et ses militants avaient suivi. Aujourd'hui, Anne-Sophie Mercier estime que ce parti a mangé son pain blanc :
6 000 militants NPA venant s'ajouter aux 3 000 de la LCR, ce n'est pas le triomphe annoncé ; de plus, le paysage de la gauche se recompose avec une plus forte présence du PS dans les luttes, la parole radicale portée par Benoît Hamon, les 4 000 militants qui rejoignent Mélenchon, et le PC qui survit malgré tout . Donc quand Besancenot renoue avec une vieille tradition de l'anarcho-syndicalisme: rester sur le banc de touche pour se préserver , il prend le risque majeur de décevoir .
Claudine Aubert, artiste peintre
Expose à la DRAPERIE
Exposition du 29 Avril au 30 Mai 2010
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