Les primaires sont largement engagées.
J ‘ai choisi Martine Aubry.
On nous dit que tous les candidats se référant au projet PS, le débat n’est pas sur le fond mais les personnalités des candidats.
Cette affirmation est deux fois fausse.
Le scénario de la crise bouscule les programmes et la question se pose de savoir quelles sont nos marges de manœuvres pour financer l’investissement et le social. Le programme PS est fondé sur une hypothèse de croissance. Sans croissance, il doit réévaluer. Le programme PS ne règle pas des questions énormes comme la sortie du nucléaire, le contenu réel des politiques d’immigration, le contenu enfin d’une nouvelle politique de la ville. Il oublie la culture et est bien prudent sur la diversité et la laïcité.
Mais surtout, le mécanisme des présidentielles qui personnalise le pouvoir inverse le rapport entre programme de parti et programme du candidat. Le candidat prime.
Il n’a échappé à personne que sur la réduction de la dette ou la culture, ou encore le nucléaire, les positions des candidats divergent. C’est donc du fond qu’il faut débattre
Deuxième erreur : nous n’aurions qu’à choisir entre personnalités. Rémi Lefebvre a raison de dire que les primaires accentuent la marginalisation des militants en confiant aux sympathisants la décision la plus importante du Parti. Les primaires consacrent ainsi la logique de la démocratie d’opinion, réduisant le Parti à une machine électorale et à un lobby d ‘élus locaux.
Est-ce pour autant que le choix des personnalités se réduisent à des critères limités à la starisation de la vie politique ?
De mon point de vue, le choix doit être raisonné sur des capacités d’incarnation. L’incarnation se décline en capacité de représentation (représenter le PS) de rassemblement (constituer une majorité) de charisme ( « emballer » au delà de la raison par des correspondances subtiles entre ce que l’on est et les attentes profondes des électeurs) de combativité (être capable de gagner et de battre)
Cet enjeu d’incarnation, François Hollande l‘a bien compris : en maigrissant, il a voulu dans son corps démontrer sa capacité à renaître et sa volonté inflexible. Mais franchement, le régime minceur est un dangereux message subliminal : il risque de se transformer en « serrez-vous la ceinture » avec la gestion de la dette !!! François Hollande a de grandes qualités : il est accessible, c’est un orateur exceptionnel, il a une connaissance subtile du champ politique. Il incarne avec talent la modestie et l’honnêteté face au bling-bling et aux mallettes suisses.
Mais pourtant, je penche pour Martine.
Je pense que Martine Aubry représente bien le PS en tant que 1ere secrétaire et parce qu’elle incarne une fibre sociale qui a du sens en temps de crise. Je pense que Martine Aubry est plus capable de rallier verts et front de gauche sans se couper du Centre. Je pense que Martine Aubry par ses engagements pour les femmes, la culture, la ville, la lutte contre les discriminations incarne mieux une gauche moderne, ouverte aux aspirations des gens. Je pense que Martine Aubry est combative.
J'ajoute 2 arguments. Martine Aubry a avec le Laboratoire des Idées renoué avec le travail de production intellectuelle. C'est essentiel, car la victoire politique dépend en définitive de la capacité de battre en brèche l'idéologie néo-libérale et conservatrice qui est aujourd'hui dominante. Sans combat idéologique, la Gauche sera contrainte de s'exprimer avec les mots de la droite, les catégories, la persception du monde de la droite.
Martine Aubry s'est prononcée pour le non-cumul des mandats. Au-delà de la popularité du thème, c'est un enjeu pour le Parti: sera-t-il squatté par une caste de spécialistes ou se donnera-t-il la possibilité de mieux représenter la diversité des français? Le non -cumul, c'est ouvrir une fenêtre et faire entrer de l'air.
Je pense en définitive que la France a plus le désir de Gauche que la nostalgie de Pompidou. Et que la bonne gestion doit être au service de la transformation sociale. Et que la Gauche doit retrouver la capacité à représenter les catégories populaires. Donc pour moi, c’est Martine Aubry





