Michel DAVID

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Réception organisée à l’occasion du départ de Michel DAVID

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Réception organisée à l’occasion de mon départ (Michel DAVID)
Vendredi 6 mai 2011

Michel DAVIDMonsieur le Maire,
monsieur le directeur,
Cher Pierre, cher André
Chers amis, collègues, collègues et néanmoins amis,
Chers « partenaires » 
Et aussi bienvenue à ceux qui sont venus par curiosité, pour bien vérifier que je pars vraiment, pour les petits fours, soyez tous les bienvenus

Discours difficile
La « réception de départ » pour respecter le texte de l’invitation est un rituel aux figures imposées, qui ressemble aux fuérailles ; on y entend des discours qui parlent en bien de celui qu’on quitte. Jour de grâce donc.
Me voici devant un dilemme : faire « comme  si », ou opérer une « petite » transgression. Ceux qui me connaissent ont compris: ce sera la transgression.

Partons donc des termes : « réception de départ ».
J’emprunte à un ami la définition du dictionnaire. Il m’écrit

RÉCEPTION, subst. fém.:

  •  Action de recevoir quelque chose.
  •  Acte par lequel le maître de l'ouvrage reconnaît l'exécution correcte et satisfaisante des travaux accomplis pour lui par un entrepreneur 
  •  Cérémonie officielle par laquelle quelqu'un est "reçu" dans une compagnie, une société, ou dans une charge.

Il ajoute :
Mais cette "reception" ne serait-elle pas " l'inception" de quelque chose d'autre ? » Je précise pour ceux qui ont vu le film et qui n’ont pas tout compris :

Inception :
Du latin inceptionem (accusatif de inceptio), de inceptus (participe passé de incipere « commencer »).


Mon petit discours aura donc 3 parties

  • dans quelle « compagnie «  ou société suis-je reçu ?
  • Puis-je me targuer de « l'exécution correcte et satisfaisante des travaux accomplis » ?
  • S’agissant de mon départ, de quel départ vers où s’agit-il ?

Dans quelle « compagnie «  ou confrérie suis-je reçu ?

D’aucuns ont cru être invités à une cérémonie de départ à la retraite, d’autres se sont réjouis de voir ma situation se pacifier.  Il est important de dire simplement la vérité des faits et d’éviter ainsi de créditer cette sympathique séance de vertus consensuelles ou réparatrices qu’elle n’a pas sauf à faire un usage pervers de la convivialité et de rendre ainsi des invités complices d’un faux intéressé.

Pour répondre brutalement, d’abord à la grande confrérie des usagers du Pôle Emploi, compagnie fort prisée des roubaisiens.

Mais aussi de la confrérie sélect et brillante des « remerciés » par la ville de Roubaix parfois pour partir dignement à la retraite ou vers de nouveaux horizons, souvent avec pertes et fracas. Me voilà donc, Pascal, Christophe, Bertrand (Delannoy), Pierre (Lemonier), Manu (Barron), Pascale (Debrock), Philippe, Jean-philippe et encore Philippe (Delahaye), Jean-luc, Yves etc etc etc

En effet, a contrario de l’ambiance consensuelle d’une « réception de départ », je dois dire ici qu’après 16 ans de « bons et loyaux services » je pars à la suite d’une procédure étrange.

Il y a un an, lors d’un entretien préalable en vue de mon licenciement, il me fut précisé qu’on souhaitait  mon départ, « le plus tôt sera le mieux » au motif improbable que « compte tenu des bouleversements institutionnels régissant les politiques publiques de l’emploi » ma direction était supprimée et mon poste itou. Pas de motif sérieux donc explicitement énoncé, ce qui est bien cruel.. Cependant, monsieur le Maire, vous avez exprimé votre pensée du moment lors d’une réunion préparatoire du CMD (Conseil municipal décentralisé) des quartiers Sud en présence de fonctionnaires et de partenaires en poussant un « Oubliez Michel David » un peu optimiste !!
Le caractère acrobatique de la procédure a conduit ses initiatieurs à abandonner sans prévenir celle-ci   pour lui préférer celle du non-renouvellement de contrat à son échéance et ce sans indemnités. Le plus étrange fut d’apprendre ce changement  de pied par la presse locale rapportant un courrier adressé à un responsable local  d’extrême droite.

N’allons pas plus loin sur ce sujet personnel qui relève des juridictions appropriées mais signalons quand même cette décision par nature cruelle aurait pu être accompagnée  de plus d’élégance et de respect.

Je remercie en passant ceux qui nombreux m’ont appelé et écrit pour témoigner de leur soutien et exprimer leur condamnation morale de ce qui au-delà de ma petite personne est un symptôme de  fin de période et  le signe d’une manière de faire qui déçoit et choque.

Ceci étant dit, passons..

Puis-je me targuer de « l'exécution correcte et satisfaisante des travaux accomplis ?

Quasiment né à Roubaix, habitant l’Epeule, fréquentant l’Ecole Victor Hugo puis le Lycée Van Der Meersch, auteur dont je devins modestement spécialiste, de longue date engagé dans des associations et politiquement, j’ai acquis je pense une connaissance fine de Roubaix et de ses habitants.

Mon premier poste de prof fut à Pablo Neruda à Wattrelos . C’est ensuite dans la formation continue que je complète mon parcours, au GRETA de Lille. En 1991, Michel Yahiel, directeur du FAS, me recrute pour diriger la région Nord pas de calais et créer la délégation régionale de Picardie. Sur ces questions de lutte contre les discriminations, d‘intégration, de diversité, j’ai acquis là quelques compétences.

Cette compétence ajoutée à ma « roubaisiennité «  m’ont fait rencontrer André Diligent puis René Vandierendonck qui me proposa en 1993 au Rivoli de rejoindre l’équipe qu’il constituait « soit comme élu soit comme technicien ».(sic)
C’est ainsi qu’en 1995 après un passage au Cabinet, je fus chargé de créer la direction générale « ville renouvelée et Education, » avec la politique de la ville, l’éducation et la sécurité en portefeuille, devenue Ville renouvelée et culture.
J’ai donc pu successivement toucher de près les dossiers stratégiques de la ville : négociation du périmètre de la ZFU de Roubaix, dossier des harkis, grands travaux dans les groupes scolaires, GPU puis GPV puis rénovation urbaine, DSU, contrat de ville puis CUCS, renforcement de la police municipale, videosurveillance, médiation, lutte contre les discriminations et bien sûr la grande politique culturelle qui vit naître à Roubaix le Musée, le label ville d’art et d’histoire, la rénovation du Colisée, Danse à Lille, L’oiseau Mouche et bien sûr la Condition Publique.
L’anecdote résume souvent le mieux le sens d’une action, son tempo. En voici quelques unes

  • Convaincre une délégation de la Délégation Interministérielle à la ville de laisser le centre dans le périmètre  de la ZFU en traversant à pied les ruines de Roubaix 2000. électricité coupée, vitrines cassées, ombres inquiétantes rodant dans le champ de vision, odeur d’urine. Arrivée rue de Lannoy, la délégation a demandé son rapatriement et le centre était en ZFU
  • Achever la négociation du périmètre dans le bureau du Délégué interministériel à la Ville en présence de Jean-Pierre Balduyck. Foin des travaux statistiques savants : sur une mauvaise photocopie A4 du plan de Roubaix, Idrac demande de retrancher 15% du territioire avec un gros feutre noir. Je ne dirai pas le quartier que nous avons dû sacrifier pour sauver le plus beau périmètre de Zone Franche de France
  • Négocier des plans de financement avantageux pour la ville avec des représentants de l’Etat et de la Région mi-outrés, mi-médusés de notre audace, au final conquis. Pensons à l’installation de l’Oiseau Mouche par exemple avec 500.000 f de subvention ville par an sur 3 ans comme part ville.
  • Réunir dès 1998 dans des colloques sur l’Islam à Roubaix Jacques Attali, Tarek Oubrou et Leila Babes, Gilles Kepel et Tarik Ramadan. 10 ans après, ils animent toujours le débat public
  • Ecrire la délibération sur les lieux de culte en prenant soin de prendre en compte toutes les sensibilités, aiguisées sur le sujet. Surdosage de citations de Jaures et Chevènement pour rassurer les laïques, produire la liste des églises à rénover pour obtenir le soutien du Centre.
  • Vivre un mois avec Manu Chao et le camping international temporaire à la condition publique ; y accueillir le collectif Koloko qui encadre l’autoréhabilitation de buldings abandonnés dans les mégapoles par des habitants des bidonvilles et Toni Negri ; puis passer une soirée dans le pavillon français à la biennale d’architecture de Venise car les activistes de l’habitat provisoire autour de Patrick Bouchain y représentent la France.
  • Suivre Jack Lang à l’ouverture de la Braderie de l’Art qui s’y fait peindre un portrait en 10 mn chrono. Se souvenir de l’ambiance dyonisiaque de la première Braderie qui a livré les murs de l’ancienne piscine à la fureur créatrice des grafeurs.
  • Se dire à chaque exposition du musée devant l’agencement subtil, les correspondances élégantes entre accrochages et collection permanente, entre les tableaux et le lieu « mais comment il fait ce conservateur pour être aussi bon à chaque fois »
  • Regretter que les cheminées soient mises à l’honneur à Fourmies mais plus à Roubaix. Regretter le specctacle des cheminées en couleur et en feu depuis le toit de Bayard. Se rappeler que les pompiers ont alors reçu plusieurs centaines d’appels de voisins qui criaient au feu.
  • Se rappeler enfin des inaugurations des Transculturelles avec Marie Quinon et Marianne Petit et Maurice Titran qui soigne avec une parole créatrice.

Se rappeler là comme ailleurs ces décisions brutales qui font qu’étrangement Roubaix souvent innove puis laisse partir ou mourir sa créativité, comme Cronos mange ses enfants.

Ce fut pour tout dire un moment heureux tant nous avons inventé avec d’autres à l’échelle de la métropole une conception du renouvellement avec le développement par la culture, l’approche globale, le soutien à l’initiative.   

Dans ces années de travail intense, « années comptent double »,   j’ai eu la joie de rencontrer des gens formidables. Si la loi des CV oblige à s’approprier sur son nom des victoires et des réalisations, la vérité oblige à dire qu’on n’est jamais qu’un parmi tous.
Mon plaisir fut là de réussir à animer des équipes, donner envie d’aller loin, de croire à la volonté, de défier la fatalité.
Merci donc à tous les agents de la ville, cadres ou non, fonctionnaires ou non, contrats aidés ou non. Je n’ai jamais quant à moi fait de distinctions. Tous méritent  le respect ou simplement la politesse. Sans les agents dits de base, cette ville ne tiendrait plus debout. Et ils méritent donc d’être écoutés, entendus, valorisés dans leur métier. J’en profite pour dire mon affection aux syndicalistes si souvent fustigés dans les étages.
 Special thanks aux directeurs successifs qui ont travaillé avec moi ; à travers eux, je remercie toutes les équipes. Merci donc à Jean-bernard Ritt, Jean-luc Besson, Pascal Deren, Jean-luc Legarez, Alain Vantroys, Judith Fernandez, Zahra Sayouri, Christophe Puissant, Bertrand Sauvage, Ariane Epée et Soued Zaomi, Geneviève Verseau, Coraline Knoff, et bien sûr Esther Declimmer après Bernard Grelle, Isabelle Leupe, Bruno Gaudichon et Thierry Delattre. Merci à Georges Voix, qui apporte tant à Roubaix et qui a été aussi injustement traîté.
Un mot particulier pour deux services remarquables : le service culture,  qui tel un petit remorqueur doit assurer l’arrivée à bon port de lourds cargos tout en soutenant de frêles esquifs ; le service politique de la ville, espace d’expérimentation qu’on réduit trop à une ligne budgétaire ou une procédure imposée.
Merci aux jeunes professionnels qui ont fait leur chemin : Raouti, Sarah, Zahra, Ariane, Khalil, Amandine, Fatima, Gwenaelle, Claudia , Cécile.
Merci surtout à mes 2 secrétaires, inséparables, que je préfère appeler « secrétaires «  que « assistantes de direction » car le mot « secrétaire » dit bien la qualité essentielle attendue : savoir taire un secret, compétence rare dans une collectivité souvent agitée par le bavardage.
Merci enfin aux associations,  acteurs, habitants, partenaires. Un mot spécial pour mes amis harkis, témoins compliqués d’un drame compliqué, dont j’ai pu découvrir l’humanité et la loyauté .
Merci enfin aux élus, dont la tache est difficile. Les citer tous serait risquer d’en oublier. Mais je veux évoquer ici la mémoire de Maurice Titran et de Robert Cailleaux. J’ai connu Maurice quand Directeur du FAS, j’ai accompagné son travail sur la petite enfance.. Quant à Robert, je n’ai pas oublié qu’il fut l’adjoint à la Culture qui inaugura l’exposition sur Maxence Vandermeersch en 1982 que Pierre Prouvost m’avait demandé de monter. Il faut ici   rappeler mon amitié pour André Renard, Pierre Dubois et Renaud Tardy et aussi pour Jean-françois Boudailliez et Jean-Pierre Rousselle. Un petit coucou aussi à Mehdi  Massrour.

Pendant ces 16 ans, il y a eu beauoup de fatigue, beaucoup de travail, des erreurs d’analyse et de comportement, mais encore plus de l’énergie, de la passion et pour tout dire entre nous le sentiment exhaltant et un peu perdu aujourd’hui d’œuvrer pour le bien commun.

S’agissant de mon départ, de quel départ vers où s’agit-il ?

Comme je vous le disais tantôt, ne partant pas pour l’instant vers une autre collectivité, je dois d’abord veiller à mon modèle économique.
Je crée donc ma « petite société » de conseil tout en développant un réseau de compétences dans les domaines que je connais un peu . Toutes informations utiles sur mon site.

Tout ceci m’amène à être quelque temps un peu moins roubaisien. N’y voyez nul abandon.
D’autant que cette ville que nous aimons tous m’inquiète. Libéré ce jour de mon obligation de réserve, je vous livre quelques commentaires de citoyen.
Quand Jean-Marie Le Pen s’intéresse à Roubaix, reprenant les poncifs popularisés par le détestable « paradoxe de Roubaix » de Philippe Aziz sur « Roubaix, ville musulmane, » je m’inquiète car rien ne survient par hasard.
2 alternatives s’offrent à nous depuis longtemps : première alternative :soit céder à la nostalgie du temps de l’industrie, pour dénoncer les maux d’une ville où s’opposeraient roubaisiens et étrangers devenus ensuite immigrés, puis maghrébins et maintenant musulmans, soit promouvoir une citoyenneté partagée alliant diversité et cohésion. Seconde alternative : soit renouveler la ville au sein d’une métropole élargie, croire à sa capacité de rebond, vérifiée par l’histoire, soit soit être dans le repli, accepter la médiocrité et rembarrer ses ambitions.
Je crois que cette ville, parce qu’elle vit avant d’autres et de façon radicale les mutations contemporaines, parce que son histoire est faite de résistance, parce qu‘elle est une zone d’expérimentation continue, a un destin particulier.

Nous vivons, nous le sentons la fin d’un long cycle. Le maire après près de 20 ans de suprématie, 30 ans de rôle central dans la conduite des affaires, durée exceptionnelle en régime démocratique, espère cheminer au pas de sénateur et laisser la place. Cette succession politique ouvre une période de forte incertitude qui exhalte les égos et porte le risque de l’aventure.
D’autant que ce cycle politique est synchrone avec de profonds changements tels que la métropolisation inévitable, la crise de la citoyennété, l’échec partiel des politiques publiques nées dans les années 80, la fatigue du monde associatif et la rétraction durable des finances publiques.
A nouveau il nous faut inventer un nouveau chemin et apporter de nouvelles réponses.

En effet les projets conduits depuis le début des années 90 montrent leurs limites dans un contexte dur, marqué par la crise globale de 2008 qui vient enfoncer ceux qui n’étaient pas encore sortis de la crise de la désindustrialisation. Ce n’est pas gagné, encore plus avec la crise et le retrait programmé des aides publiques.
A Roubaix, il y a ceux qui vivent la ville et ceux qui la subissent, et le risque est fort de voir un clivage se durcir entre la ville  renouvelée ( Vélodrome, Edhec, Union, Canal, Musée..), ses écoquartiers et ses pôles d’excellence  et une population « out » où les conflits culturels menacent sur fond de mauvaise ambiance urbaine,  d’entre soi réciproques et de concurrence des souffrances sociales.
Le risque est réel que la précarité étouffe le renouvellement et que les politiques qui divisent et exploitent la peur et le ressentiment gagnent du terrain.

Ceci n’est pas inéluctable si on s’attache à poursuivre l’ambition de la ville dans un cadre métropolitain élargi, ce qui supposera de mobiliser plus franchement les acteurs économiques et de faire travailler ensemble le privé et le public.

Mais cette poursuite des ambitions ne sera crédible que si la situation quotidienne des gens s’améliore. Le combat de la proximité n’est pas achevé. Au contraire l’absence de propreté, le manque de politesse et de civilité, l’agressivité permanente, l’irresponsabilité, les dégâts de l’économie illégale, les dégradations de façades et de véhicules, tout ceci crée un sentiment de mal-être et d’insécurité fondamentale qui va très au-delà des problèmes de délinquance et infuse tous les interstices de la vie de chacun.

Mais il y a je pense un préalable au rebond attendu. D’abord et avant tout, nous devons en finir avec la dévaluation permanente de la parole politique. Roubaix est une ville qui cultive trop l’ambiguité. Pour faire simple, trop de mélange des genres, trop d’opportunismes, on ne sait pas bien qui est qui, et où ? Nous y avons tous participé peu ou prou.

Trop aussi de langue de bois qui fait que les mots et l’expérience ne se rencontrent pas.
Trop aussi de chikaya alors qu’il est urgent de se réunir.

 Réunir les composantes de la population dans un projet économique, social et écologique qui met au cœur la responsabilité et la citoyenneté, et donc l’égalité de traitement et la réparation des humiliations est à nouveau notre challenge. Ceci passe par une équipe qui défend sans faux-semblants la population roubaisienne telle qu’elle est, tout en ayant les compétences indispensables à la conduite de projets complexes. Une équipe qui construit avec et non pour.

Sur ces enjeux, je ne doute pas de vous retrouver, de nous retrouver.

 

 

Merci

 

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