Michel DAVID

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La convention pour l’égalité réelle au PS

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Convention pour l’égalité réelle au P.S. Trop ou trop peu ?


Le texte de la convention pour l’égalité réelle est important. L’égalité est un marqueur clé de la gauche et le texte aborde tous les points importants du projet social : emploi, salaires, emploi des jeunes, territoires, éducation, dépendance…
En apparence, le titre semble proposer une révolution : passer de l’égalité formelle à l’égalité des conditions, et du principe «  à chacun selon sa contribution » à « à chacun selon ses besoins ».
Mais qui croira dans le monde des ultra-riches, de la pauvreté galopante, de la concurrence généralisée et des ghettos que l’égalité réelle est un objectif réalisable ?
C’est une utopie et nous avons besoin d’utopies. A condition de définir les « étapes intermédiaires »…

 

C’est là que le doute vient.

Face à la droite qui veut disloquer le pacte de progrès issu de la Libération, la gauche a souvent choisi une stratégie défensive : suppression des mesures prises par la droite, restauration des moyens.
Le texte propose l’amorce d’une nouvelle approche, la création de nouveaux services publics, pour les nouveaux enjeux, comme l’autonomie, avec de nouvelles méthodes : individualisation, qualité, décentralisation.
Ainsi les réflexions sur l’éducation prennent en compte les travaux de F.Dubet et E.Maurin pour avancer sur la critique de la notion ambiguë d’égalité des chances, critiquer l’idéologie méritocratiques, défe concentrer les soutiens éducatifs dans des classes à faible effectif etc…

Mais le texte présente par ailleurs des faiblesses peu acceptables. Il n’intègre pas les réflexions menées sur la ville. Dommage. Mais surtout sur le sujet essentiel des discriminations, il montre une indigence révélatrice. Rien sur la laïcité. Et si peu sur les discriminations raciales, comme si la question des femmes et celle du handicap faisait le tour de la question. Le texte propose pour la mesure des discriminations une grande enquête indépendante de l’INSEE comme alternative à la « mauvaise idée » des statistiques ethniques. Le compte n’y est pas. Car une enquête « auto-déclarative » «  anonymée » sur le »sentiment de discrimination, n’a rien à voir avec la mesure concrète des stigmatisations du fait de la  couleur, de la « race » ou de la religion, comme celle des résultats des politiques engagées.

Le PS a choisi de ne pas toucher au tabou des liens complexes entre égalité et diversité, comme si évoquer prudemment un outil de mesure d’un « effet ethnique » était la négation de la république et le retour de Vichy. Du fait de cette rhétorique du « plus jamais ça » le PS se condamne à répondre aux défis du ghetto par un discours humanitariste anti-raciste, inefficace. De ce fait il ne donne aucune représentation politique à ceux qui sont confrontés aux ratés grandissants de l’intégration, comme à ceux qui empruntent le registre de l’ethnicité pour faire valoir leur souffrance. De ce fait, il laisse aux populistes le bénéfice de l’audace et de la transgression de ceux qui « disent tout haut… »
Il y a un lien entre l’égalité et la diversité, et évoquer le facteur culturel dans les processus d’exclusion n’est pas pour autant céder à une vision essentialiste de la culture ou adopter le discours qui rend les pauvres responsables de leur état.
Si dès qu’on évoque un pan de la réalité, on se voit assigné à une position raciste, on restera dans un face à face entre pseudos-modernes et anti-racistes de parole qui laissera à leurs passions mauvaises victimes de la discrimination et victimes du déficit d’intégration.

Plus globalement, le texte n’ose pas une redéfinition radicale de l’intervention publique. Or on ne s’en sortira pas en améliorant l’existant à coup de budgets introuvables. La réalité est plus rude : dans tous les domaines, insertion, culture, ville, intégration, éducation, nous vivons la fin d’un cycle de politiques publiques nées après-guerre et refondées dans les 80’. Ce cycle trouve sa cohérence dans des principes intangibles comme l’égalité des chances, la mixité sociale, l’intégration par assimilation, accès à la culture par la démocratisation ou l’employablilité dans une perspective de plein emploi. Ceci ne fonctionne plus certes pour des raisons budgétaires, mais aussi parce que ces politiques ont montré leurs limites et que tout simplement le monde a changé.

Remplacer une révolution de l’action publique par une injection de moyens imaginaires est une pirouette qui ne mène à rien même s’il n’était pas inutile de rappeler qu’une politique sociale volontariste est la clé de voute d’un programme de gauche.

 

Michel David

 

Le texte de la convention égalité réelle

 

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