Michel DAVID

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A propos du 'care'

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A propos du care et d'une tribune de Christian Paul

Par Michel DAVID

Dans une tribune du Monde, le député PS Christian Paul, président du Lab, laboratoire des idées du Parti Socialiste a brillamment défendu cette proposition fondatrice de Martine Aubry, la mise en œuvre d’une politique du « care », définie par Joan Tronto comme : "Une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre "monde" de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible."
En effet, cette proposition est fondatrice d’un nouveau paradigme d’action publique, pierre angulaire d’une refondation du programme socialiste
Ricaner sur un anglicisme traduit plus un désolant provincialisme qu’autre chose. Il faut au contraire comprendre que la rénovation programmatique passe par l’examen sérieux des innovations au-delà de nos frontières, comme on le voit sur le genre, la diversité culturelle ou le micro crédit. Doit-on se passer des réflexions du prix Nobel Amyarta Sen sur la justice au prétexte qu’il est ..pakistanais ?

 


Réduire cette proposition à un coup tactique est tout aussi révélateur de myopie intellectuelle. Certes le « care » rend justice à Ségolène Royal quand elle évoquait une politique de fraternité, certes les chrétiens pourront rapprocher cette notion de leurs valeurs, comme les bouddhistes avec la compassion. Et alors ? En quoi rassembler ce qui est épars serait une activité politique critiquable ?
De mon point de vue, le « care » renvoie à plusieurs intuitions fortes. La première est le retour de la responsabilité personnelle dans la solidarité. Celle-ci ne peut être seulement déléguée à des institutions, elle requiert l’attention de chacun.
La seconde est de tenter une redéfinition du besoin de protection des citoyens. Ce besoin est très fort et la réponse réactionnaire est d’y répondre seulement par la répression (police, fichiers, video surveillance). Or cette protection passe par le voisinage, le don, la bienveillance, la prévention.
La troisième est une conception de la solidarité associant institutions ( « gérant » des ayant-droit) et fraternité. Il ne s’agit pas de remplacer l’un par l’autre, ou plus brutalement de demander aux bénévoles de faire ce que les travailleurs sociaux ne peuvent plus faire, faute de financements.
Au contraire il s’agit de renforcer la performance des politiques publiques par la mobilisation judicieuse du volontariat. Ainsi il est observé que l’association de prestations d’accompagnement professionnel vers l’emploi et de mobilisation de « parrains » ou tuteurs volontaires améliore le taux de retour à l’emploi. On imagine volontiers aussi les résultats que pourrait obtenir une mobilisation volontaire sur le terrain de l’illettrisme. En effet les victimes d’exclusion ont d’abord besoin de rompre leur solitude, d’être reconnus comme alter ego et non « objet » d’une prestation, en bref d’être aimés. A Hanovre, la mobilisation de relais, médiateurs de proximité (marquer une présence dans sa rue, à l’échelle d’une entrée d’immeuble, suivre personnellement un jeune) par centaines a considérablement fait diminuer le décrochage scolaire et la délinquance.
Aussi la mise en place de réseaux de volontaires, d’échanges de savoirs, de liens intergénérationnels doit être autour de fortes politiques publiques un enjeu de performance comme de gestion qualitative du lien social.
Enfin, quatrième intuition, cette valorisation du volontariat, de la responsabilité, du lien personnel, amène à une réflexion sur les nouveaux contours de l’économie. En plus de l’économie productive et résidentielle, existe une économie non marchande, souvent informelle sans être criminelle, de services rendus et échangés, qui amortissent la crise. De même, on peut imaginer que ces activités de volontariat, qu’il s’agisse de dons, de prestations compensées par des dédommagements ( prestations rapidement stigmatisées comme du travail au noir, alors que ces activités non déclarées sont souvent la seule issue pour des personnes démunies de réaliser des travaux ou réparations nécessaires) ou d’échanges, soient objectivées par des échanges sur des monnaies alternatives comme l’EuroRES, le SOL et le WIR suisse en donnent l’exemple.

L’invention d’une politique du « care » de la protection citoyenne, de l’attention personnalisée est donc bien l’amorce d’une autre politique qui capitalise les acquis de la période précédente (forte intervention publique, services publics de qualités, professionnels de la médiation, de l’accompagnement et du soin) et les consolide par l’excellence citoyenne.

D’autres chantiers sont déjà ouverts : ouvrir un nouveau cycle des politiques de la ville, apprendre à gérer la diversité et à faire vivre une laïcité inclusive, repenser l’acte d’éduquer d’enseigner, ce sont ceux de la cohésion sociétale, l’un des trois piliers d’un développement durable qui ne se réduit pas à la nécessaire écologie et s’offre comme une nouvelle politique de civilisation, fondée sur la frugalité, le respect, le lien et la créativité.

En ouvrant cette porte, Martine Aubry confirme qu’au-delà de sa capacité à restaurer l’appareil et à déclencher des réflexes de survie collective contre la tendance à l’émiettement des égos, elle est aussi porteuse d’un nouveau sens qui doit certes gagner en opérationnalité mais qui dépasse déjà le slogan ou le clin d’oeil à la mode passagère

 

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