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Burgers hallal, liberté, égalité, diversité

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Burgers hallal, liberté, égalité, diversité !!!! par Michel David 22/02/2010

 En quelques jours la toile s’est enflammée sur une question essentielle : est-il juste que Quick, dans son magasin roubaisien et dans 6 villes de France remplace son fameux long Bacon par un burger Hallal ?
Un premier article, paru dans la presse régionale le 17/12 évoquant cette expérimentation, était passé inaperçu à l’approche des fêtes. Un second article a amené le Maire de Roubaix à réagir sur le thème « oui au burger Hallal, mais non au burger hallal seul » et a dès lors évoqué la stigmatisation que subirait la ville, et la discrimination d’une telle mesure, fondée sur l’appartenance présumée à une culture et ayant pour effet une inégalité de traitement du fait de cette appartenance religieuse présumée. Dès lors plainte est déposée, et la Halde saisie.
Dès le lendemain dimanche 14 février, sur C+, Marine Le Pen s’empare de ce fait local pour dénoncer l’invasion hallal  et rappeler que selon elle, la laïcité suppose de réserver l’expression religieuse à la sphère privée.(sic)
Mise à l’agenda national d’un fait local mineur, buzz médiatique d’enfer ( 13000 occurrences sur le net !!!).


  ... Cette mise à l’agenda national empêche tout débat ; l’ »affaire du burger » est rattachée à la série « identité nationale », débat pervers créé par le gouvernement pour affaiblir la gauche et faire diversion sur la question sociale ; dans ce cadre, pas de place pour la nuance et la complexité : d’un côté on crie à la surenchère électoraliste et islamophobe, de l’autre on évoque la République en danger !! Pas le droit de refuser ce simplisme. Cet épisode du Burger est un cas d’école des interférences entre fait local et scène nationale, comme du pouvoir de structuration du débat national par la sphère médiatique.

Peut-on quand même passer cinq minutes à rappeler quelques vérités ?

D’abord si un maire, une ville ne peuvent être taxées de racisme, c’est bien Roubaix et René Vandierendonck. Commission extra-municipale des populations immigrées, fête et festival de l’amitié, célébration constante des richesses multiculturelles de la ville, lutte précoce contre les discriminations raciales, schéma directeur sur les lieux de cultes…La liste est longue des engagements, actions, expériences depuis 30 ans, cas unique en France.

Ensuite, comment peut-on assimiler le Maire et Marine Le Pen, alors qu’ils disent le contraire. Le Maire soutient les menus Hallal comme prise en compte d’une réalité locale, mais en appelle à la responsabilité sociétale de Quick pour que diversité ne devienne pas exclusivité. L’autre profite de l’aubaine pour relancer sa campagne, régionale et nationale en préemptant le thème de l’islamophobie qui est au cœur du débat de l’identité nationale en refusant le hallal comme marqueur d’une présence musulmane « invasive » pour elle, tout en donnant de la laïcité qui est d’abord soutien à la liberté de conscience et donc aux libertés religieuses une version délirante et sectaire ( si la religion doit rester « dans la sphère privée », que faire des églises sur les places et des signes religieux dans les cimetières ?)

En fait, même si le bruit médiatique rend l’examen serein impossible, le Maire a posé 2 vrais enjeux.
D’abord, s’agissant d’une marque nationale proposant des produits stéréotypés (et non d’un restaurant solitaire qui propose un menu péruvien), le client est en droit de pouvoir acheter les mêmes produits où qu’il soit sur le territoire national. Le fait de supprimer le produit phare dans 7 villes est effectivement une stigmatisation de ces territoires. Dans un contexte où Quick n’a subi aucune pression de la « communauté musulmane », mais a répondu à des objectifs commerciaux classiques, doit-on admettre que la liberté du commerce soit sans limite ? Mais alors, cela veut-il dire que la RSE est réservée aux bobos, qu’une entreprise qui est soutenue par des quasi-fonds d’Etat (ceux de la CDC) ne doit prendre en compte aucune exigence publique ? Quid donc du rapport entre l’égalité territoriale et la liberté d’entreprendre, question déjà posée par exemple par les schémas directeurs d’aménagement commercial ?

Seconde question, comment gérer le fait que des communes relèvent de ce que les anglais appellent des « major-minority cities » , des villes où la minorité devient la majorité. Roubaix n’est pas une ville musulmane, ce vocable n’a aucun sens, mais chez les jeunes, les personnes présumées de culture musulmane sont probablement majoritaires. Ce fait n’est pas un problème en soi, il n’est même pas nouveau à Roubaix ( 4° ville belge flamande en 1870) mais il pose des questions de cohésion qu’il est irresponsable de ne pas se poser.
La question est posée : va-t-on suivre la pente qui veut que la « diversité » structure la ville en la divisant, ou réussir à combiner reconnaissance de la diversité et cohésion par la mixité des espaces publics ?

Sur ces 2 questions, l’UMP répond en asticotant le Maire et en se la jouant cool, un comble quand on voit la politique menée sur l’immigration ou l’identité : vive la diversité qui sépare, vive le libéralisme d’un commerce que rien n’entrave (ni la lutte contre la malbouffe, ni le refus du séparatisme). Ici est mis en scène un modèle d’action libéral de promotion de la diversité, qui au nom de la modernité, fait de la diversité la finalité eu risque de la fragmentation et de la mise ne concurrence des appartenances. Il reste à inventer une réponse de gauche. A défaut d’être audible, la Maire de Roubaix pose de bonnes questions. Diversité + cohésion : la république de la diversité est dans cette équation. Ceux qui préfèrent regarder ailleurs ont beau jeu de cartonner ceux qui s’y collent au risque du piège médiatique.
Alors, que faire ?

Les dégâts sont là. Le FN se régale, l’UMP fait le beau, le PS est emmerdé, le Maire injustement accusé de racisme, le fossé avec les jeunes qui se sentent incompris et rejetés par cette société s’accroît, chacun grenouille, espérant profiter de l’emballement. L’idée d’une municipalité raciste et d’une ville musulmane s’installe, comme en 1979 (affaire de la Mosquée de la Fosse aux chênes) en 1989 (municipales) en 1994 (sortie du « paradoxe de Roubaix «  puis affaire du raid, qui avait justement installé ces thèmes). C’est cet écart entre la communication sur la ville renouvelée et cette représentation simpliste de la réalité sociale qui trouble fortement.

Peut-être aurait il fallu mieux prendre en compte le calendrier ( démarrage de la campagne des régionales, suites du « débat » sur l’identité nationale ) et ne pas trop marquer une question qui méritait d’être traîtée par le dialogue avec l’entreprise au moment opportun. D’autant que le résultat judiciaire n’est pas assuré. ?

Mais maintenant, il faut sortir par le haut.

D’abord exprimer au Maire un franc soutien à l’action qu’il mène depuis 20 ans sur ces questions.
Rappeler ce que fait cette ville, seule souvent, contre les discriminations et pour combiner égalité et diversité, refuser la stigmatisation comme le risque communautariste.
Arrêter de parler de burger dans une ville où les vraies questions sont le chômage et le logement, remettre le débat politique sur son axe, sortir du piège de droite de déplacement de la question sociale vers la question ethnique.
Suspendre la procédure judiciaire et proposer à Quick un examen de cette question après les élections pour plus de sérénité.
Reconstruire du dialogue avec les associations, les acteurs de la laïcité et du fait religieux pour ne pas laisser le net faire la politique de la ville.
Réouvrir le chantier de la gestion du fait religieux dans la ville en créant l’outillage et l’espace collaboratif nécessaires à des examens forcément complexes et qui gagnent à prendre plusieurs avis et du temps.

 

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